Qui dit début d’année -civile ou scolaire-dit parfois reprise du sport, une pratique bénéfique pour le corps mais pas toujours sans risques, cardiaques notamment.
En même temps que la rentrée, vient le temps des bonnes résolutions. C’est souvent le moment où l’on commence ou reprend un sport, soit dans une association soit en solitaire. C’est, le plus souvent, une excellente idée : les bienfaits de l’exercice sportif sur le corps et l’esprit ne sont plus à démontrer. Et pour le cœur en particulier : un sang plus fluide, une baisse de la fréquence cardiaque, sollicitant moins cet organe, figurent au nombre des conséquences positives du sport. Mais il faut aussi garder à l’esprit qu’il n’est pas sans danger pour certaines personnes, et qu’elle peut révéler ou aggraver des maladies du rythme cardiaque.
Lors de la pratique d’un sport, de nombreuses variations du rythme cardiaque peuvent survenir. Il peut arriver que le cœur batte trop vite, trop lentement ou de façon irrégulière. Ces dysfonctionnements peuvent être bénins, mais parfois graves, allant jusqu’à provoquer une perte de connaissance ou un arrêt cardiaque. Chaque année, en France, on estime que 800 sportifs amateurs en sont victimes, et une quinzaine de professionnels. Avec parfois un retentissement considérable, lorsque des sportifs de haut niveau s’effondrent soudainement en pleine compétition, victimes d’une mort subite cardiaque.
Eliminer les facteurs de risque
Alors comment prévenir les troubles du rythme cardiaque chez les sportifs ? D’abord, en éliminant ou en prenant en compte certains facteurs de risque. Parmi eux, des antécédents familiaux de mort subite cardiaque ou de maladie cardiaque. Cela ne signifie pas que l’effort est à proscrire dans ces cas, mais qu’il doit être surveillé de près. La déshydratation, le manque de sommeil – les phases de sommeil profond sont cruciales pour régénérer le muscle cardiaque – le surmenage et certaines pathologies associées, comme l’hypertension ou l’apnée du sommeil, peuvent aussi accroître les risques. La prise de stimulants, ou pire encore de produits dopants, sont à bannir si l’on veut préserver son cœur.
De manière générale, l’hygiène de vie est donc primordiale : une alimentation équilibrée, riche en fruits, légumes et oméga-3, contribue à la santé cardiovasculaire en général, et en particulier pour les sportifs. Limiter l’alcool et le tabac est essentiel. Le repos et la récupération, que les sportifs professionnels ont coutume d’appeler « entraînement invisible », doivent faire partie intégrante du programme. Alterner intensité et endurance douce, respecter des jours sans sport et éviter le surentraînement sont autant de mesures de protection.
Etre suivi médicalement
Prévenir, c’est aussi, bien sûr, adopter un suivi médical adapté. Il n’est pas question ici du simple certificat médical de non-contre-indication à la pratique sportive mais bien d’un véritable bilan cardiologique : électrocardiogramme (ECG), échographie cardiaque, test d’effort notamment. Réduire les risques c’est également consulter immédiatement en cas de symptômes inhabituels : palpitations, malaise, essoufflement inexpliqué, douleurs thoraciques notamment. Pour repérer ces symptômes, la technologie peut être très utile. Les montres connectées et cardiofréquencemètres offrent aujourd’hui aux sportifs des outils de surveillance en temps réel. Ils permettent de repérer des anomalies de fréquence cardiaque au repos ou pendant l’effort. Certaines applications alertent même en cas d’arythmie suspectée. Si ces outils ne remplacent pas un diagnostic médical, ils constituent une aide précieuse pour détecter des signaux précoces.
Enfin lors de l’entraînement lui-même, il existe de bonnes pratiques à garder en tête : augmenter l’intensité de manière progressive, par exemple. On peut notamment être tenté de reprendre le sport « là où on l’avait quitté » quelques années plus tôt, c’est-à-dire en présumant que l’on est capable de rééditer les mêmes performances. Il faut laisser le temps à son corps de revenir à un niveau proche de ce qu’on a connu, tout en acceptant l’idée que l’on n’est peut-être plus capable de le retrouver. Il faut aussi respecter les phases de récupération : le repos est un élément central de la prévention. Le mieux est de varier les pratiques : combiner endurance, renforcement musculaire et assouplissement permet d’équilibrer les sollicitations. Enfin s’échauffer et s’étirer correctement afin de préparer le système cardiovasculaire à l’effort.
Des avancées à venir
Une fois toutes ces précautions prises, est-on à l’abri d’un trouble cardiaque durant le sport ? Évidemment, pas. Car il existe des cas où les faiblesses ne peuvent etre repérées en amont et peuvent causer la mort de sportifs en pleine fleur de l’âge. « Ce n’est pas un facteur aléatoire ou éphémère qui emporte ces jeunes. C’est une lésion microscopique préexistante du tissu cardiaque, gravissime mais indétectable lors des examens conventionnels. Il suffit de quelques grammes de tissu cardiaque altéré pour déclencher ces morts subites », explique le professeur Michel Haïssaguerre, cardiologue et rythmologue à l’IHU Liryc. « Le paradoxe de ces morts subites inexpliquées, c’est qu’il existe des dispositifs pour les prévenir, en particulier des défibrillateurs implantables. Encore faut-il pouvoir identifier les personnes à risque. Or, rien ne permet aujourd’hui de les détecter », sauf à pratiquer des examens extrêmement invasifs chez des personnes en bonne santé apparente. C’est en tout cas l’état de l’art « aujourd’hui », comme le précise le professeur Haïssaguerre. Mais pour préparer demain, les équipes de l’IHU Liryc tentent de mettre au point un ECG extrêmement précis, permettant de détecter ces micro altérations.



