Halloween : peut-on vraiment mourir de peur ?


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Halloween arrive, et avec cette fête l’envie de faire gentiment peur à sa famille ou ses voisins. Mais jusqu’à quel point peut-on se faire peur ? Une situation de danger extrême peut-elle nous traumatiser au point que nous en mourions ? 

Dans la nuit sans lune, des silhouettes flottant dans des draps amples se faufilent entre les maisons… Au loin, un loup hurle à la mort alors que, calfeutré, chez vous, vous distinguez entre les lattes des volets un squelette qui se dandine vers votre palier. La sonnette vous glace le sang… Car vous n’avez plus de bonbons à donner aux enfants du quartier ! Vous en serez peut-être quitte pour un gentil sort, un pot de fleurs retourné ou un dessin moche dans votre boîte aux lettres. Hé oui, le 31 octobre, c’est Halloween ! Et le phénomène prend chaque année une ampleur grandissante, après avoir conquis les États-Unis, arrivant tout droit d’Irlande. Lanternes, citrouilles et fantômes racontent ici aussi une fête commerciale pour les uns, amusante pour les autres, mais qui joue en tout cas avec les codes de la mort, de la peur, et avec ces histoires que l’on se raconte pour se donner la chair de poule. Mais justement, jusqu’où peut-on aller à se faire peur ? L’expression, précisément, « mourir de peur », est-elle parfois à prendre au pied de la lettre ?

Des dérèglements potentiellement mortels


Dans la plupart des cas la réponse est non, fort heureusement. Mais pour comprendre pourquoi il existe des exceptions, il faut d’abord savoir ce que déclenche le sentiment — justifié ou non — d’être face à un danger. Lorsqu’on en prend conscience, se met en route un mécanisme de survie, hérité de l’évolution, qui en théorie prépare l’organisme à fuir, de défendre, ou réagir de façon à pouvoir survivre. Le cerveau libère de l’adrénaline, le rythme cardiaque accélère, les vaisseaux sanguins se contractent et le sang afflue vers les muscles. Mais ce système peut se dérégler. Si la décharge d’adrénaline est trop forte, une arythmie peut survenir, mettant en danger la personne qui la subit. Il existe d’ailleurs une forme de cardiomyopathie dilatée qui survient après un stress physique ou psychologique particulièrement aigu, et qui touche principalement des femmes de plus de 50 ans : le syndrome de Taktsubo, dit aussi « du cœur brisé », et identifié au Japon pour la première fois dans les années 1990.  

Le cœur et les nerfs peuvent souffrir

De manière plus générale, les personnes qui souffrent de maladies cardio-vasculaires sont plus à risque de subir ce genre de dysfonctionnements. On peut notamment penser à celles qui souffrent de QT Long, un syndrome qui se caractérise par un intervalle de battement du cœur anormalement long sur l’électrocardiogramme. C’est en raison de ces risques que certaines activités extrêmes, comme le saut à l’élastique, sont interdites aux personnes atteintes de maladies cardiaques. Et pour éviter d’être confrontés à des peurs susceptibles de survenir dans la vie de tous les jours, ces patients prennent généralement des bêta bloquants.

Mais il ne faut pas imaginer que le cœur soit la seule partie du corps à être potentiellement bouleversée par la peur. Le système nerveux, lui aussi, peut être affecté. L’amygdale, qui régule nos actions face à la peur, envoie des signaux à tout l’organisme. La respiration s’accélère, les muscles se tendent, la vigilance grimpe en flèche. Mais là encore, un signal trop violent peut paralyser et même tuer, chez certains animaux comme chez l’être humain. Le corps se fige, la respiration s’interrompt. On parle alors de mort par inhibition : certaines fonctions du corps s’arrêtent, non pas en raison d’une blessure physique mais à cause de la peur.

Une alliée précieuse

Alors, la peur est-elle notre meilleur ennemi ? On pourrait l’imaginer puisqu’elle est susceptible de nous faire mourir en agissant soit sur le cœur soit sur le système nerveux. Ce serait oublier que dans la grande majorité des cas, la peur ne tue pas, mais elle protège au contraire. Elle donne des ailes, pour reprendre le credo populaire, c’est-à-dire que c’est elle qui va nous permettre de réagir en une fraction de seconde, ou de disposer de qualités physiques que l’on ne soupçonnait pas, afin de se sortir d’une situation dangereuse. La peur nous empêche également de traverser une route sans regarder, de nous approcher d’un précipice ou de manipuler un animal agressif. Elle est un mécanisme de défense essentiel, aussi vieux que l’humanité. Il existe des cas médicaux, rares, de patients incapables de ressentir la peur. Ces personnes s’exposent à des situations périlleuses, sans percevoir le risque. La peur, en somme, n’est pas un défaut à combattre. Elle fait partie de notre équilibre biologique et émotionnel. Elle signale le danger, aiguise l’attention, déclenche l’action. Dans la plupart des cas, elle est donc une alliée précieuse, bien plus qu’une ennemie. Qui ne nous menace pas de mort, mais nous aide au contraire à rester en vie.