Alors qu’une partie des Français s’apprête à profiter des petits et des grands bonheurs de la montagne l’hiver, est-il vraiment bénéfique de s’y rendre pour son cœur ? Quelles précautions prendre en cas de problèmes cardiaques ?
C’est un rituel pour un tiers des Français, si l’on en croit le baromètre Atout France publié en 2025 : sur les trois dernières années, ils sont 30 % à avoir séjourné au moins une fois à la montagne en hiver. La plupart d’entre eux a pratiqué une activité de neige, le ski restant en tête (40 %). Une croyance régulièrement admise laisse à penser qu’un séjour en altitude aurait des conséquences bénéfiques pour la santé en général et le cœur en particulier, et plus encore s’il est combiné à une pratique sportive.
Cette assertion n’est pas dépourvue de fondement, tant s’en faut. Mais elle mérite aussi d’être nuancée, car la montagne peut également s’avérer dangereuse, notamment pour des personnes souffrant de pathologies cardiaques.
Des bienfaits avérés
Commençons par ses bienfaits, car ils sont nombreux : d’abord l’atmosphère pure, les paysages, l’activité adaptée à son niveau sont autant de vertus qui aident à se sentir bien, véritables antidotes à la sédentarité, au stress et au bruit que les vies citadines imposent souvent. L’air, qui est à la fois plus pur, plus froid et moins pollué, permet de mieux respirer. De la même manière, étant moins humide, il atténue certains symptômes liés à l’humidité ou à des allergies.
Pour le cœur, c’est la diminution progressive de l’oxygène qui va entrer en ligne de compte. À 1 345 mètres, l’altitude moyenne des stations de ski françaises, le corps reçoit environ 6 à 7 % d’oxygène en moins qu’au niveau de la mer. L’organisme s’adapte : les poumons travaillent davantage, le cœur bat un peu plus vite… c’est la raison, d’ailleurs, pour laquelle de nombreux sportifs effectuent des stages en altitude : ils peuvent ainsi plus facilement augmenter leur endurance.
Dès lors, même une marche simple devient un excellent exercice cardiovasculaire, meilleur encore qu’en plaine. Randonnée, ski, raquettes, VTT, escalade favorisent d’autant plus la circulation sanguine notamment.
Enfin, et de manière un peu plus indirecte, l’exposition à des paysages vastes et variés améliore l’humeur et diminue l’anxiété. Les neurosciences montrent que la contemplation de panoramas naturels réduit l’activité des zones cérébrales associées au stress. Un stress qui peut augmenter la pression artérielle, le rythme cardiaque, et libérer des hormones comme le cortisol, ce qui a un impact négatif sur le cœur. En diminuant le stress, la montagne continue donc d’être une alliée pour le cœur.
Il y a des dangers à ne pas négliger
D’abord parce qu’au-delà d’une certaine altitude, on peut ressentir des maux de tête, une fatigue intense, des troubles du sommeil qui ne sont pas sans conséquence sur le cœur. Son rythme qui s’accélère peut poser des problèmes à des personnes qui souffrent d’hypertension, d’arythmies ou de maladies coronariennes. Le cœur doit battre plus vite pour fournir suffisamment d’oxygène aux muscles, ce qui peut provoquer essoufflement rapide, palpitations, douleurs thoraciques ou malaise.
Les bienfaits de l’effort physique peuvent de plus avoir leur revers : le dénivelé et la baisse d’oxygène rendent chaque pas plus exigeant. Cette combinaison augmente la pression artérielle et la fréquence cardiaque. Pour les personnes fragiles, cela peut déclencher une tachycardie. Les personnes qui utilisent des bêtabloquants peuvent en particulier voir diminuer leur endurance. Le froid constitue un danger supplémentaire : le corps va resserrer ses vaisseaux sanguins pour conserver la chaleur. La tension artérielle augmente alors, et le cœur doit pomper plus fort. À cela s’ajoute le risque de déshydratation, fréquent en montagne, qui épaissit le sang et complique le travail cardiaque. Un cœur déjà fragilisé peut mal tolérer ces contraintes.
Et des précautions à prendre
Au regard de tous ces risques, doit-on renoncer à la montagne, surtout l’hiver ? Certainement pas. Mais mieux vaut prendre quelques précautions simples, comme celle de consulter son spécialiste avant de voyager. Il pourra juger de la pertinence d’un tel séjour, et adapter éventuellement la médication. Deuxième précaution majeure : monter crescendo en altitude, en prenant par exemple un repas à mi-chemin entre son domicile et la station, pour habituer petit à petit son corps. Et une fois sur place, pratiquer progressivement des activités, en guettant le moindre signe de malaise.
Lorsque ces quelques dispositions sont prises, il n’existe pas de raison de se priver des bienfaits d’un moment de vacances à la montagne. D’autant qu’elles sont également l’occasion de déconnecter, de se dépayser, de se remonter le moral, ce qui est aussi indirectement très appréciable pour le cœur !



