La statistique est révélatrice d’une grande injustice : lors d’un arrêt cardio-respiratoire, les femmes ont deux fois moins de chances de survie que les hommes. Un constat lié notamment à des représentations, mais qui n’est pas une fatalité.
Des chiffres alarmants
C’est une statistique qui fait froid dans le dos : en cas d’arrêt cardio-respiratoire (ACR) survenant hors de l’hôpital, les femmes ont deux fois plus de risques de décéder que les hommes. Les raisons sont multifactorielles, et relèvent principalement de stéréotypes sociaux et culturels ancrés dans l’inconscient collectif. Il convient d’abord de rappeler que les ACR adviennent devant des témoins, le plus souvent ; c’est le cas sept fois sur dix. Et dans neuf cas sur dix, les personnes ne survivent que si quelqu’un intervient rapidement, pour effectuer les gestes de premier secours.
Or ce qui permet d’alerter sur la survenue d’un arrêt cardio-respiratoire, ce sont d’abord les symptômes. Chez les hommes, ce sont la plupart du temps des douleurs thoraciques. Chez les femmes, cela existe aussi, mais cela peut également prendre la forme de nausées, d’essoufflement, de fatigue intense notamment, qui ne sont pas forcément reconnus comme des signaux d’alerte par les victimes elles-mêmes, ni par leur entourage ni par les témoins.
D’autant que tout un imaginaire s’ajoute à cela : on associe ainsi plus facilement les causes d’une partie des arrêts cardio-respiratoires à des comportements réputés masculins : alimentation déséquilibrée, tabac ou alcool, notamment. Or ces habitudes ne sont évidemment plus, depuis longtemps, l’apanage des hommes, sans l’avoir jamais été exclusivement. Elles sont d’ailleurs aussi à l’origine de la diminution de la protection naturelle apportée aux femmes jusqu’à la ménopause, alors que leur situation hormonale peut les exposer davantage, par la contraception ou lors d’une grossesse par exemple. Quoi qu’il en soit, ne pas identifier, c’est déjà retarder la prise en charge de la personne qui subit un arrêt cardio-respiratoire. Mais d’autres facteurs la compliquent ensuite.
Le contact redouté
Deuxième frein majeur, la réticence au contact physique : là encore, c’est un fait documenté et cela concerne une forme de retenue à l’heure de pratiquer un massage cardiaque ou même de poser les électrodes du défibrillateur, par peur d’un geste déplacé au niveau de la poitrine. Ce sont parfois des secondes précieuses qui sont ainsi gâchées, de manière d’autant plus regrettable que le massage s’effectue sur le sternum, l’os au milieu du thorax. Et non sur la poitrine elle-même.
Cette réalité s’inscrit dans un biais plus large, appelé le syndrome de Yentl dans la littérature médicale : une tendance à moins bien diagnostiquer ou traiter les femmes, en particulier pour les maladies cardiovasculaires, parce que les référentiels cliniques ont historiquement été construits autour de symptômes « typiques » masculins.

Qu’est-ce que le syndrome de Yentl ?
Le syndrome de Yentl désigne un biais médical selon lequel les femmes sont moins bien diagnostiquées et traitées que les hommes, sauf lorsqu’elles présentent des symptômes identiques à ceux considérés comme « masculins ». Le terme vient du personnage de Yentl, tiré de la nouvelle d’Isaac Bashevis Singer, Yentl the Yeshiva Boy, qui doit se faire passer pour un homme afin d’être reconnue. En santé, ce syndrome se traduit par une invisibilisation des symptômes féminins, une sous-évaluation de la douleur et des retards de prise en charge, notamment en cardiologie, où les signes atypiques chez les femmes sont longtemps restés ignorés.
Le constat d’une telle différence dans la prise en charge, et donc d’une pareille injustice, est évidemment glaçant. Il n’est pas, pour autant, une fatalité. Les professionnels de santé avancent ainsi plusieurs pistes pour donner aux femmes davantage de chances de survie.
Des actions à mener
D’abord, sensibiliser aux signes d’alerte spécifiques aux femmes, afin de réduire les retards de reconnaissance et d’appel des secours. C’est notamment ce que propose la Fondation Agir pour le Cœur des Femmes, à travers des campagnes choc comme celle initiée à l’automne 2024.
Autre axe de travail, former le grand public à réagir sans hésitation, quels que soient l’apparence ou le sexe de la victime. Dans les interventions pour apprendre le massage cardiaque, les formateurs sont de plus en plus incités à prendre en compte cet élément particulier. Ils bénéficient d’ailleurs désormais de mannequins de formation représentant également des corps féminins.
Aujourd’hui, 200 femmes meurent chaque jour en France d’une maladie cardiovasculaire — infarctus, accident vasculaire cérébral ou embolie — contre lesquelles une prévention et une réaction rapide peuvent souvent faire la différence.
L’écart de survie entre les sexes lors d’un arrêt cardiaque n’a rien d’une fatalité. Il révèle des failles systémiques dans notre perception et notre réaction face à l’urgence, mais il montre aussi des pistes d’action claires : mieux informer, mieux former, et surtout, ne jamais hésiter à ranimer. Car ces premières minutes sont primordiales pour espérer la survie…
1 minute sans agir,
c’est 10% de chance de survie en moins.
200 femmes
meurent
chaque jour d’une maladie cardiovasculaire en France
Les 5 maillons de la chaîne de survie
Les cinq maillons de la chaîne de survie sont déterminants pour sauver une victime d’arrêt cardiaque.
- Savoir reconnaître l’arrêt.
- Alerter immédiatement les secours en composant le 15, le 18 ou le 112.
Décrire brièvement la situation, indiquer le lieu de l’accident. Ne pas raccrocher tant que les secours ne l’ont pas demandé. - Commencer le massage cardiaque.
Victime allongé sur un plan dur, bras tendus, mains au centre de la poitrine, à raison de 100 compressions par minute. Le bouche-à-bouche n’est pas indispensable et masser un coeur qui bat ne présente pas de risque.
Même sans formation, ne pas hésiter à masser. - Utiliser un défibrillateur s’il est disponible et suivre les consignes vocales émises par l’appareil.
- Transmettre le relai aux équipes de secours à leur arrivée.
A l’institut Liryc, la recherche sur la santé des femmes est une priorité
« Les femmes ne sont pas touchées de la même manière que les hommes. Mais cette réalité est encore trop peu prise en compte dans la recherche et la pratique médicale. À Liryc, nous pensons qu’il est urgent d’agir. »
Dre Mélèze Hocini, Cardiologue (IHU Liryc, CHU de Bordeaux)



